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nterrogé sur ses motivations,
l’artiste écrit “pour aimer”. Or
aimer, c’est s’ouvrir, s’offrir, se partager.
C’est se tendre hors de soi pour se trouver peut-être.
Mais c’est un déhanchement, une bascule, une
petite mort. Être aimé, c’est être
traversé, bousculé. C’est tout, sauf une
récréation. Le désir est d’un autre
ordre ; il est le désordre. Or l’artiste
est d’abord, sinon un météore, une absence
en fusion. Il attend la traverse ; il veut la traversée
et qu’on s’agrège à son errance.
Il veut ce que veut la vie : la multiplication. Il touille
le charisme dans l’encrier ; il le fait tiaffer.
Il s’éclabousse lui-même. Il postillonne
ce qu’il prend pour du feu, l’antichambre de l’or.
Dans cet à bras le cœur, qu’il s’arrache
pour sa plus grande joie, il respire. Cela, c’est ce
qu’on dit et qu’on croit. C’est suspect.
C’est la peau qu’il faut interroger. Les stigmates
n’ont plus cours. L’essentiel reste coi, toujours,
et c’est très bien ainsi.
Qu’est-ce
donc que donner à lire ce qui s’écrit à mains
nues, proche de soi ? Le propre d’un trésor, c’est
qu’il est sans limite. Une lampe n’est pas faite pour accaparer
les regards, mais pour éclairer. La beauté regarde l’univers
et c’est pourquoi l’univers la regarde. Un site est de cet
ordre. Il ne prend pas ; il donne. Voici donc des amis, certains
vivants, d’autres à cheval sur les siècles. Les lire,
c’est prendre corps, c’est vivre. La culture est, sinon un
râtelier, un buffet pour affamés. Les délices commencent
à la racine et grimpent dans les arbres. Ils sont du roc et des
pollens. Ils sont le goût en quête de sa propre quintessence.
Découvrons donc des extraits qui appellent des œuvres. Voici,
selon l’humeur, la poésie, la prose, le jeu, l’incantation,
la réflexion.
Pierre Perrin — Décembre 2002 |